
Des filles et des femmes pleines d’audace : sélection livres jeunesse
On 9 mars 2023 by MarieCette semaine, il est beaucoup question de femmes dans l’actualité. Au travers de quelques albums jeunesse, je vous invite à mon tour à découvrir des filles et des femmes parmi tant d’autres qui font preuve de courage et d’audace pour plus de justice et de paix autour d’elles. Voyageons avec Malala, Fang, Latika, Blanche et Wangari au Pakistan, en Chine, en Inde, en France et au Kenya.
L’accès à l’éducation
Le crayon magique de Malala, publié en 2017 chez Gautier-Languereau

Cet album au format carré magnifiquement illustré par Kerascoët raconte l’histoire de Malala Yousafzai, cette jeune écolière pakistanaise qui a reçu le prix Nobel de la paix en 2014. Enfant, Malala rêvait de posséder un crayon magique, qui lui permettrait de changer son quotidien. En grandissant, elle se rend compte de tout ce qu’un crayon peut faire, de l’importance de savoir lire et écrire. Sous le régime des Talibans, alors que la scolarité des filles n’est plus permise, elle devient leur cible car elle ose écrire, décrire et parler de sa vie et de celles de nombreuses filles dans son pays. Elle leur échappe, et continue d’oeuvrer pour le droit à l’éducation des filles.
« Si j’avais eu un crayon magique, j’aurais dessiné un monde meilleur, un monde en paix. D’abord, j’aurais effacé la guerre, la pauvreté et la faim. Ensuite, j’aurais dessiné des filles et des garçons égaux entre eux. »
Le crayon magique de Malala
La fille du pays des neiges, He Zhihong, Seuil Jeunesse, 2013
Illustré avec des peintures sur soie, cet album retrace l’enfance de Fang, petite fille vivant au nord de la Chine. Retenue à la maison par une mère malade, Fang regarde avec envie les enfants du village partant pour l’école. Dès que ses occupations le lui permettent, elle écoute aux fenêtres de l’école. Un jour, elle trouve une réponse qu’aucun autre élève ne trouve. L’institutrice la remarque et rend visite à ses parents pour les encourager à inscrire Fang, ce qu’ils refusent. Plus tard, elle finit par pouvoir y aller, tout en continuant à s’occuper de ses nombreuses tâches domestiques. Elle poursuit de brillantes études et deviendra ingénieure en aéronautique.

Une belle histoire qui montre comment pour certains enfants l’accès à l’éducation reste compliqué même quand elle est officiellement permise. L’auteur et illustratrice de cet album aux magnifiques illustrations douces et tellement expressives est la fille de Fang. Ce livre se présente comme une ode au courage et à la persévérance de sa mère.
L’accès à des sanitaires pour tous
Enterrer la lune d’Andrée Poulin et Sonali Zoha chez Alice Editions
Enterrer la lune est un petit livre qui m’a beaucoup émue et qui a été un véritable coup de coeur de mes lectures jeunesse de ces derniers mois. C’est l’histoire d’une jeune indienne, Latika, qui par manque de toilettes dans son village est obligée d’aller faire ses besoins dans un champ à la bordure du village le soir venu, avec les autres femmes. Cette pratique a de nombreuses conséquences qu’elle perçoit chez les femmes de son entourage (maladies, peur, impossibilité de fréquenter l’école pour sa sœur ainée, etc). Elle voudrait enterrer la lune, afin que celle-ci n’éclaire plus leur honte quand elles vont aux champs, vulnérables.

Quand un ingénieur arrive de la ville pour évaluer les besoins du village, il est question de construire un puit, d’amener l’électricité mais aucune femme n’ose mentionner l’absence de toilettes. Latika décide de prendre les choses en main. Par ses actes et ses paroles, elle va bousculer les habitudes des autres et forcer le changement.
Faisant d’abord penser à un recueil de poésie, le texte écrit en vers libre est accompagné de superbes illustrations dans des tons mauves, noirs et roses. Imprimé sur du papier de qualité, ce bel ouvrage a une mise en page aérée et agréable. Au-delà du plaisir procuré par la lecture, ce livre original est également propice à sensibiliser les jeunes et moins jeunes à un sujet tellement important – la question de l’accès à des sanitaires pour tous.
L’accès à un logement
Les victorieuses ou le palais de Blanche de Laetitia Colombani er Clémence Pollet, Grasset Jeunesse, 2021
Adapté du roman Les Victorieuses de Laetitia Colombani, cet album au grand format raconte « une formidable histoire de solidarité et de sororité ». L’histoire se déroule à Paris, dans le Palais de Blanche, où une jeune fille de 5 ans, Sumeya, vit depuis un an avec sa maman et des centaines d’autres « femmes du monde entier qui n’ont plus de maison ». D’abord impressionnée par ce nouvel environnement, Sumeya connaît maintenant toutes les habitantes. Aujourd’hui, Salma, la femme à l’accueil, elle aussi arrivée en tant qu’enfant, lui raconte l’histoire derrière ce Palais.

Le récit cadre laisse place au récit enchâssé où le lecteur apprend l’histoire de Blanche Peyron (1867-1933). Cette femme au caractère bien trempé intègre l’Armée du Salut en tant que jeune adulte et y rencontre son futur mari avec qui elle deviendra petit à petit chef de la branche française. Toute leur vie, ils oeuvrent pour aider les pauvres.
« Elle voulait se sentir utile. Faire quelque chose pour les autres. »
Les victorieuses ou le palais de Blanche
Quand elle se rend compte que des femmes vivent dans la rue, sans aucune structure pour les accueillir, elle met tout en œuvre pour ouvrir un foyer pour les femmes au sein de Paris, ce foyer même où Sumeya et sa maman trouvent refuge bien des années plus tard.
Les illustrations aux couleurs chaleureuses et vives remplissent souvent les deux pages. Les liens entre le texte simple et percutant et les dessins sont renforcés par l’utilisation d’une couleur de l’image pour la lettrine du texte, ce qui donne un ensemble très beau et agréable à voir.
Cette ode à la persévérance et à l’entraide qui remplit le lecteur d’espoir est un beau livre qui donne envie de découvrir le roman de Colombani. A lire sans tarder chez Grasset Jeunesse.
Préserver la nature
Mama Mithi, la mère des arbres. Prix Nobel de la paix. Par Claire A. Nivola. Editions Le Sorbier 2008.
Cet album présente l’histoire et le travail de Wangari Maathai, surnommée au Kenya Mama Mithi (qui veut dire mère des arbres en Swahili). Née en 1940, Wangari a grandit au centre du Kenya, dans les montagnes « habillées de vert » où le figuier était sacré. Elle quitte le pays quelques années pour étudier la biologie aux Etats-Unis. A son retour, elle observe de nombreux changements suite à l’indépendance du Kenya, à un accroissement de la population et à une diminution des ressources. Petit à petit, elle va redonner confiance aux femmes kényanes grâce à son mouvement Green Belt qui a permis de replanter des arbres.

« Quand la terre est nue, explique Wangai, elle se retrouve sans défense et appelle au secours. Elle demande qu’on la rhabille. C’est sa nature. Il lui faut de la couleur, il lui faut ses habits de verdure ! ».
Mama Mithi, la mère des arbres
Cet album aux belles illustrations douces et expressives, riches en détails est clôturé par une note de l’auteur, présentant une biographie de Wangai Matthai, la première femme africaine à avoir reçu le prix Nobel de la paix (2004). Cette notice présente son travail ainsi qu’une bibliographie sélective pour aller plus loin.
Chacune de ces femmes à oeuvré pour des droits et pour les autres là où elles étaient avec leurs propres compétences. Des exemples à faire découvrir aux jeunes qui nous entourent.
J’aimerais beaucoup lire ces petites merveilles ! « La fille du pays des neiges » , « Enterrer la lune » ..